Lycée Professionnel Voltaire
La vie, une odyssée, d'exil en exil
Un mot
Chacun sur ce navire nommé « atelier d’écriture » à conjuguer les paradoxes inséparables de l’exil : arrachement et découverte, abandon et acquisition, déracinement et enracinement, espoir et regrets.
Janine Teisson
Janine Teisson
auteur
Les réalisations

En bref

l'établissement
Lycée Professionnel Voltaire
la ville
399 rue Bellini 30900 Nîmes
la classe
1ère année CAP Agents polyvalents de restauration (15-18 ans)
les intervenants
L'auteur : Janine Teisson | L'équipe enseignante : Camille Gerbet (enseignante lettres/histoire), Céline Mollon (enseignante biotechnologie), Maguelone Gineste (documentaliste)
le thème
La vie, une odyssée, d'exil en exil

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Nom des élèves

Kawthar, Nuno, Adriana, Diego, Naomie, Armand, Angélique, Septy, Marie, Tom, Faïza, Sidia.

Elèves de première année Cap Agent polyvalent de restauration

 

La naissance, premier exil

  • Avant

    Faïza
    J’étais petite dans ma bulle, j’étais comme un poisson
    J’étais toute seule, j’étais perdue
    J’étais dans le noir
    Je ne pleurais pas
    Je n’entendais rien
    Je n’avais pas de Nom
  • Maintenant

    Faïza
    Je suis dans un nouveau monde
    Je suis entourée de géants
    Je suis dans la lumière
    Je coule des larmes
    J’entends tout et je vois tout
    J’ai un Nom
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6

Expulsion

Angélique
Je crie parce que j’ai faim
Je crie parce que j’ai mal
Je crie parce que je veux dormir
Je crie parce que j’ai peur
Je crie pour me faire entendre parce que je me sens seule
Je crie fort
Faïza
Je crie parce que j’ai mal ou j’ai froid
Je crie parce que j’ai faim
Je crie pour qu’on m’entende
Je crie avec beaucoup de force
Je crie parce que j’existe
Je crie parce que je suis contente
Je crie parce que j’ai très peur
Tom
Je crie car j’ai faim
Je crie car j’ai sommeil
Je crie car j’ai soif
Kwathar
Je crie parce que j’ai peur
Je crie parce que j’ai mal
Je crie parce que j’en ai marre
Je crie parce que je suis énervée
Je crie parce que je vois la lumière
Je crie parce que je suis heureuse, joyeuse
Je crie parce que je suis née pour la première fois
Marie
Je crie parce que j’ai faim
Je crie parce que je joue
Je pousse des cris de colère
Sidia
Je crie parce que j’ai faim
Je crie parce que j’ai froid
Je crie parce que j’ai envie de quelque chose
Je crie parce que je suis malheureux
Naomie
Je crie car je ne sais pas ce qui se passe.
Je crie parce que j’ai peur, je sors de ma bulle pour aller dans un nouveau monde.
Je crie pour montrer que je suis là.
Je crie pour m’exprimer
Je crie fort !
Septy
Je crie parce que je sens que je suis abandonné
Je crie parce que je suis content d’aller au bain
Armand
Je ne crie pas parce que je suis calme.

Les passages de la vie

  • Adieu

    Angélique
    La tutu
    La fragilité
    Les rêves
    Je crois ce qu’on me dit
    La tranquillité de l’enfance
    Les maîtresses
    Les copains
    Les études
    Tout est gratuit
    Les baskets
  • Bonjour

    Angélique
    La sucette
    L’endurcissement
    Les cauchemars
    Je crois ce que je vois
    Toute l’envie qui nous trouble
    Les profs
    Le mari
    Le travail
    Les factures
    Les talons
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6

Envie de voyager

Angélique
Un jour j’irai à DubaÏ
Je ferai les magasins
Je mangerai du couscous
Je rencontrerai des gens, des beaux garçons
Je parlerai de leur culture, de leurs façons de vivre
Je visiterai le pays, les villages
Je boirai du thé
Sidia
Un jour j’irai en Amérique
Je ferai le tour des Etats-Unis
J’irai en avion
Je mangerai des glaces
Je rencontrerai des cow-boys
Je parlerai anglais
Je visiterai un stade de football en Amérique
Adriane
Un jour j’irai à Londres
Je ferai des photos et parlerai à des gens en anglais
J’irai en avion
Je mangerai des pancakes et du fish and chips
Je rencontrerai la garde royale et la Reine d’Angleterre
Je visiterai les musées.
Diego
Un jour j’irai aux Etats-Unis
Je parlerai anglais
J’irai en avion
Je mangerai du Mcdo
Je rencontrerai Obama
Je visiterai New York
Je verrai les gratte-ciel
Septy
Un jour j’irai à Bangkok en Thaïlande
Je ferai de la cuisine
Je verrai les temples de Bouddha
J’irai en bateau
Je mangerai Thaï
Je rencontrerai les anciens
Je parlerai Thaï
Je visiterai la ville

Quelqu'un qui a connu l'exil

Angélique
Ma maman est partie de Sicile pour aller en France puis après elle est partie sept ans aux USA. Mon grand-père Josepe est parti de la France pour aller en Algérie pour la guerre, dans les années cinquante ou soixante.
Faïza
Cette personne c’est ma mère, elle s’appelle Inoussa Fatima. Elle était avec ses trois enfants. Elle est partie de Mayotte pour aller en France car elle a eu beaucoup de problèmes familiaux depuis 2008.
Diego
Moi je suis parti de Lille pour venir dans le Sud, car mes parents se sont séparés en 2005.
Nuno
Mon père, ma mère, mes frères, mes sœurs sont partis du Portugal pour aller en France à Beaucaire, parce que la vie est plus facile en France.

Un objet qui a survécu à l'exil

Angélique
Chez moi il y a un meuble, un grand, qui appartenait à ma grand-mère dans lequel elle rangeait ses affaires. Il y a aussi un bijou, une bague qui appartenait à ma grand-mère. Elle m’a dit : « Le jour où je partirai, il sera à toi. »
Sidia
L’objet qui a survécu à l’exil est une chaîne qui appartenait à ma grand-mère. Une chaîne qui était grande, ronde au bout, et il y avait sa tête et la tête de mon grand-père. Et maintenant elle appartient à toute la famille.
Nuno
Il y a une photo de mes grands-parents qui vivaient au Portugal, ils sont décédés. Sur cette photo, ils avaient la cinquantaine, ils sont assis sur un canapé. La photo se trouve sur un mur chez moi.
Septy
Un de mes aïeuls avait un fusil de chasse. Il a décidé de graver son prénom dessus. Ensuite, au fil du temps, chaque fils devait dessiner un motif dessus. Fiers de cet honneur ils travaillaient sur leurs dessins. Ensuite le fusil fut donné à mon père qui me raconta cette histoire et je voyais dans ses yeux l’honneur qu’il avait.
Armand
C’est une photo de ma famille. C’est mon père et ma mère. C’est moi et mon petit frère. Dans ma maison en Albanie. Il y a cinq ans.
Naomie
C’est un collier en or qui s’ouvre en deux et à l’intérieur il y a le portrait de ma grand-mère qui vivait aux Canaries. C’est ma grand-mère qui me l’a donné avant de mourir. C’est une photo d’elle quand elle était âgée. Elle était souriante, épanouie.
  • J'ai perdu

    Armand
    L’Albanie
    Les vrais amis
    Ma ville, Tirana
    Ma famille
    Une vie
  • J'ai gagné

    Armand
    La France
    De nouveaux amis
    Une nouvelle ville, Nîmes
    Une nouvelle langue
    Une autre vie
  • 1
  • 2

L'exil c'est…

Faïza
L’EXIL c’est l’espoir d’une vie meilleure
L’EXIL c’est pour ma mère fuir son propre fils
L’EXIL c’est trouver la paix, la tranquillité
L’EXIL c’est abandonner sa famille
L’EXIL c’est s’adapter à une nouvelle vie
L’EXIL c’est parler une autre langue, le français
Diego
L’EXIL c’est fuir les problèmes
L’EXIL c’est trouver le soleil
L’EXIL c’est abandonner la famille
L’EXIL c’est s’adapter à un endroit qu’on ne connait pas
L’EXIL c’est changer d’accent
L’EXIL c’est avoir peur de l’inconnu
Marie
L’EXIL c’est l’espoir d’une vie meilleure
L’EXIL c’est trouver le mystère
L’EXIL c’est s’adapter
L’EXIL c’est parler une autre langue
L’EXIL c’est avoir peur de la colère.
Naomie
L’EXIL c’est s’adapter à l’échec.
Nuno
L’EXIL c’est fuir le manque d’argent
L’EXIL c’est trouver de l’argent
L’EXIL c’est abandonner la famille
L’EXIL c’est avoir peur d’échouer

Nostalgie

Angélique
Je n’oublierai jamais mes voyages
Je n’oublierai jamais le soleil de Tahiti
Je n’oublierai jamais Marseille
Je n’oublierai jamais mon pays, la Sicile
Je n’oublierai jamais la cuisine sicilienne
Je n’oublierai jamais le parfum du pesto
Diego
Je n’oublierai jamais… la pluie, les fricadelles, la braderie de Lille, l’accent du Nord.
Kwatar
Je n’oublierai jamais
Mon origine.
Mes plats
Mon père
Ma famille
Ma langue
Ma maison d’enfance
Ma mère
Nuno
Je n’oublierai jamais le Portugal
Je n’oublierai jamais ma langue
Je n’oublierai jamais ma famille et mes amis
Je n’oublierai jamais mon village qui s’appelle Soutch
Je n’oublierai jamais le pain portugais
Je n’oublierai jamais les jeux entre amis, la bataille portugaise.
Marie
Je n’oublierai jamais mon cousin et mes cousines
Je n’oublierai jamais mon chat Tiplouf
Je n’oublierai jamais le voyage à Barcelone
Armand
Ne pas oublier Je n’oublierai jamais ma langue
Je n’oublierai jamais mon origine
Je n’oublierai jamais ma famille
Je n’oublierai jamais les bons moments avec mes potes
Je n’oublierai jamais ma mère cuisinant des byreks
Je n’oublierai jamais la cuisine albanaise
Je n’oublierai jamais le paysage de ma ville
Adriana
Je n’oublierai jamais mes grands-parents qui sont décédés.
Je n’oublierai jamais les voyages que j’ai faits avec ma mère quand j’étais petite.
Je n’oublierai jamais que ma mère m’a expliqué qu’avant que je vienne au monde, il y avait mon frère, mais il est décédé à l’accouchement.
Je n’oublierai jamais mon hamster, Hamtaro.
Je n’oublierai jamais la rencontre avec mon beau-père.
Je n’oublierai jamais ma terre natale et mes amies que j’ai perdues de vue à Grenoble, la Bastille, le centre-ville, les trams et même les sons de cette ville.
Sidia
Je n’oublierai jamais le Vieux Port
Je n’oublierai jamais l’accent marseillais
Je n’oublierai jamais Marseille et le vélodrome
Je n’oublierai jamais l’ambiance du stade
Naomie
Je n’oublierai jamais ma maman
Je n’oublierai jamais mon arrière-grand-mère
Je n’oublierai jamais l’île sur laquelle je suis née parmi les îles Canaries

Etre expulsé de sa langue natale

  • Angélique
    Je ne dirai plus Bonjaino
    Je ne dirai plus Bone noche
    Je ne dis plus Pache saloute
    Je ne dis plus Te amor
  • Angélique
    Je dirai Bonjour
    Je dirai Bonne nuit
    Je dirai Santé
    Je dirai Je t’aime
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6

 

Souvenirs, souvenirs
L'auteur

Janine Teisson

Auteur
Conte, jeunesse, poésie, policier, roman, nouvelle, science-fiction

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teisson janine

Ils étaient treize à tenter l’aventure de dire ce voyage qu’est la vie, d’exil en exil, après la première expulsion qu’est la naissance.
Treize à retourner, non sans réticences, aux origines de ce qui est élan de vie en même temps que douleur.
Chacun sur ce navire nommé « atelier d’écriture » à conjuguer les paradoxes inséparables de l’exil : arrachement et découverte, abandon et acquisition, déracinement et enracinement, espoir et regrets.
Chacun au cours du voyage de l’atelier qui a duré trois mois m’a offert discrètement un petit éclat de sa vie. Et cela m’a bouleversée.
Je crois que tous ont réalisé qu’écrire est une plongée dans les profondeurs et, prudents, ils ont souvent préféré rester sur la terre ferme. Comme je les comprends !
Tout était difficile et très sensible. Pour certain l’exil concerne les parents ou grands-parents, pour d’autres, hier encore ils étaient chez eux, en Albanie, au Pakistan, à Lille, à Marseille, à Mayotte. Pour la plupart, les racines sont ailleurs, parfois vivantes, si vivantes, comme des nerfs à vif, d’autres fois presque effacées, et il leur faut vivre sans oublier, mais sans se laisser submerger par la nostalgie.
La plupart d’entre eux ont déjà connu des tempêtes, ont été malmenés, ont frôlé les récifs mortels, mais ils avancent, acceptent la vie comme une odyssée, où le vent, la mer, le temps les poussent, comme Ulysse, vers un avenir qu’ils rêvent meilleur.
Je remercie Camille Gerbet leur professeur et les treize matelots qui ont fait avec moi ce voyage. Je ne sais pas ce qu’ils en auront ramené. Moi, j’ai beaucoup appris auprès d’eux.

L'établissement

Lycée Professionnel Voltaire

399 rue Bellini

30 900

Nîmes

Chef d'établissement

M. Bernard Holvoet