Lycée des métiers Jacques Brel
Exil, notion d'identité et voyage. Transmettre son histoire, sa culture. Identité, diversité.
Un mot
Rencontrer un auteur a entraîné pour certains une curiosité pour ses œuvres, donc la double finalité du projet est plutôt atteinte : faire lire et écrire..
L'équipe enseignante
L'équipe enseignante
Les réalisations

En bref

l'établissement
Lycée des métiers Jacques Brel
la ville
15 avenue de la gare 34220 Saint-Pons de Thomières
la classe
2 classes : Terminale ASSP (Accompagnement, soins et services à la personne) + 2e année CAP PE (petite-enfance) (16-19 ans)
les intervenants
L'auteur : Guillaume Guéraud | Frédéric Sancy (enseignant histoire-géo et français), Patricia Dubois (documentaliste)
le thème
Exil, notion d'identité et voyage. Transmettre son histoire, sa culture. Identité, diversité.

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Rencontre en bus

Je regarde mes camarades discuter dans le bus. Un jeune rebelle et un autre qui a l'air impressionné. Ils se racontent un tas de choses passionnantes de jeunes garçons. Moi, je ne parle pas, je n'ai rien à dire. Je suis juste un vieux à moustache assis en retrait. Le bus me semble vide.
Quand mes camarades se tournent vers moi, je fuis leur regard.
Il est tard, on est fatigués. Le chauffeur s’arrête devant un hôtel pourri. On y passe la nuit. Je me dépêche de prendre ma douche, manger un petit bout et aller au lit. Il fait encore nuit quand on reprend la route, je ne sais même pas qu’elle heure il est. J’ai les yeux gonflés, je suis encore fatigué, je me rendors dans le bus.
Je me réveille brusquement en entendant des cris et des pleurs. Le jeune rebelle est debout, une arme dans les mains. Un enfant hurle comme jamais. Je suis lâche, je me cache derrière les sièges pour observer la scène.
J’ai peur, mais l’enfant a l’air d’avoir beaucoup plus peur que moi. Il tremble et pleure en se serrant contre sa mère. Un homme qui doit avoir mon âge se lève, essaye de s’emparer de l’arme, un coup de feu résonne. Je lève la tête pour voir si cet enfer se termine ou s'il ne fait que commencer. L'homme est allongé sur le sol, du sang partout. Je pense qu’il est mort. Les passagers hurlent. Le jeune rebelle commence en s'en prendre au chauffeur en lui disant d’accélérer. Le chauffeur refuse, il y a beaucoup trop de circulation, la route est glissante, on risque d’avoir un accident.
Le jeune rebelle s’énerve et pousse le chauffeur et le bus dérape et on glisse et le bus tombe.
Je me réveille couvert de sang, des cadavres autour de moi. Je sors du bus le plus rapidement possible, juste avec ma veste. Je tremble et claque des dents sous la neige. Je ressemble à un pauvre con. J’aime pas le froid et je me retrouve dans la neige, plein de sang, je ne sais même pas si c’est le mien. Mon manteau est trempé. Je vois le jeune rebelle. Il me dit de le suivre. Je le suis sans poser de question.
Il tient un bidon d'essence, un briquet et un paquet de clopes. Je comprends très vite qu'il veut faire brûler le bus alors je dis : « Et s'il y a encore des vivants à l'intérieur ? » Il me regarde longuement : « Tant pis pour eux, ils étaient au mauvais endroit au mauvais moment. »
Il arrose le bus d'essence, allume une cigarette, fume un peu et la jette sur le véhicule.
Il part sans rien ajouter en me laissant là devant le bus enflammé.

Camille

Souvenirs, souvenirs
L'auteur

Guillaume Guéraud

Auteur
Jeunesse, roman, nouvelle

Pour faire plus ample connaissance avec l'auteur, cliquez sur ce lien

gueraud guillaume

Ligne de fuite.

Je ne savais pas où c'était, Saint-Pons de Thomières, je n'avais même jamais entendu le nom de ce bled, sans déconner, je croyais que l'Agence régionale du livre LR livre et lecture avait inventé ce nom pour me foutre la trouille. Sauf que ça existe. Juste à l'entrée du village, au bord de la route sur laquelle passe chaque jour une bonne centaine de poids lourds, pile en face de la station-service, il y a le lycée des métiers Jacques Brel. C'est là que j'ai mené mes ateliers d'écriture.
Bon, j'ai un peu triché, parce que le thème « L'odyssée : un exil, un voyage » collait pas trop à la situation. L'exil et le voyage impliquent une envie de retour. Or, il faut savoir que le lycée Jacques Brel est une ancienne prison. Ses locaux ont même été squattés par la Gestapo pendant l'occupation. Alors « la fuite » me semblait plus appropriée que « l'exil ».
J'ai donc distribué des images de films aux élèves, avec des scènes représentant des personnages en moto, en auto ou en bateau, dans le désert, dans une chambre d'hôtel ou dans un aéroport, en Californie, en Irak ou à Hong-Kong.
Et ils ont tracé quelques lignes à partir de ça. Pour essayer de fuir. En se mélangeant les pinceaux ou en traînant des pieds. Mais filant à travers les murs sans se cogner. Loin du lycée. Franchissant les frontières avec un stylo en guise de passeport. Vers des précipices escarpés ou des villes incendiées. De Saint-Pons de Thomières à Marrakech en passant par Las Vegas. En sautant en parachute ou en plongeant dans des eaux inconnues.
Je leur ai donné quelques pistes, quelques balises, mais jamais d'itinéraires précis, au contraire, je suis un guide pervers alors j'ai parsemé d'embuches leurs parcours. Mais ils s'en sont sortis. À vive allure ou en ramant. Et ça donne des récits sauvages et déboussolés pleins de raccourcis ébouriffants.

L'établissement

Lycée des métiers Jacques Brel

15 avenue de la Gare

34220

St Pons de Thomières

Chef d'établissement

M.Christian Marty