Collège Emile Alain
Les chemins, vers soi, vers les autres. Thème de la migration dans la construction de soi.
Un mot
Au soir, nous sommes rentrés, heureux, je crois, et épuisés. Bien sûr, l'animal n'est pas encore apprivoisé. Mais il est un peu moins sauvage, un peu moins étranger. Ces enfants, ils ont le courage, la confiance, et la volonté,ils y arriveront, je le sais.
Stéphane Servant
Stéphane Servant
auteur
Les élèves se sont engagés dans le projet, d'abord timidement, puis avec de plus en plus d'attrait. Beaucoup d'élèves y repensaient à la maison, écrivaient ou faisaient des dessins de manière personnelle.
L'équipe enseignante
L'équipe enseignante
Les réalisations

En bref

l'établissement
Collège Emile Alain
la ville
1 rue Emile Alain 11000 Carcassonne
la classe
Groupes 1, 2 et 3 de l'UPE2A (Unité pédagogique pour les élèves allophones arrivants)
les intervenants
L'auteur : Stéphane Servant | L'équipe enseignante : Marina Lemoine (enseignante FLE/FLS français langue de scolarisation)
le thème
Les chemins, vers soi, vers les autres. Thème de la migration dans la construction de soi.

Rechercher dans le site

Préambule

Entre le mois de décembre 2015 et le mois de février 2016, dans le cadre de l’opération « Auteurs au Collège dans l’Aude », l’écrivain Stéphane Servant est intervenu au Collège Alain de Carcassonne sur le thème « L’Odyssée : un exil, un voyage »

Il a rencontré les élèves nouvellement arrivés en France, réunis dans le cours de Français Langue de Scolarisation (FLS) animé par Marina Lemoine.

A cinq reprises, Stéphane Servant et les élèves ont échangé autour de la lecture et de l’écriture, du voyage, des souvenirs. A partir d’un simple caillou, à l’image d’un Petit Poucet, les élèves ont été invités à tracer un chemin poétique reliant les territoires, les cultures, hier et aujourd’hui.

C’est sur ce chemin qu’est né cet oiseau-voyageur.
Les élèves vous invitent à présent à le suivre au fil des pages.

L'oiseau Voyageur | Poésie

Texte de : 

Erik Arakelyan, Narek Arakelyan, Méliné Arzuman, Mery Arzuman, Baker Baker, Elena Cherekzova, Moussa Gassama, Arthur Harutyunyan, Boshra Idlbi, Youssef Nazari, Donia Ouakkar, Yassine Ouakkar, Radhuna Said, Kevin Stoic, Ahmed Suhel, Gleb Tsivinskyi

Barev - Hola - Salam - Vitay - Zdarveï - Privet - Bonjour.
Barev - Hola - Salam - Vitay - Zdarveï - Privet - Bonjour, l’ami.

Je suis un oiseau,
Un oiseau-drapeau.
Voyageur du soleil,
Je suis Liberté dans l’air, au ciel

Je viens d’Espagne, du Maroc, de Mayotte, de Russie, d’Arménie, d’Afghanistan, de Syrie, du Liban, d’Italie, d’Ukraine, du Bangladesh, de Bulgarie, du Mali.

Je suis un oiseau,
Et tout là-haut,
Personne ne peut me deviner.
Au-dessus de la neige,
Pour toi mon ami,
Je trace les lettres du mot cadeau.

Ana tair – Yes trjun em – Yo soy un pajaro

Dans la valise de l'atelier d'écriture

Traces, fragments, poésies, pensées et souvenirs...
Boshra Idlbi Mon long voyage
Mes parents sont partis de Syrie en voiture
Ils sont allés au Liban
À 12 ans, je suis partie de Beyrouth
C’était une longue route
jusqu’en France.
Dans ma valise, j’avais mes amis, mon collège et la peur de la guerre.
J’ai visité Paris et Marseille puis Narbonne
Jusqu’à Carcassonne.
Baker Baker
En avion, j’ai traversé la Turquie pour venir en France.
En train, j’ai traversé Toulouse pour aller à Paris.
J’ai visité la Tour Eiffel et plein de choses.
Franchement,
c’était la journée la plus magnifique que j’aie jamais rêvée !
Je suis allé au Mc Do à Toulouse
La France, c’est le pays
le plus beau pour moi.
Yassine Ouakkar
En TGV, j’ai traversé
La mer Atlantique et
J’ai traversé Bordeaux et Toulouse
Et beaucoup d’autres villes
Et Paris et j’ai visité l’Île de France
J’ai découvert deux nouvelles langues,
L’espagnol et le français.
Ahmed Suhel
Je suis un corbeau noir,
Je vole avec mon drapeau mort.
Anonyme
Je ne peux pas,
Je n’essaye même pas
De m’approcher d’elle,
De parler avec elle.

Quand elle cligne ses yeux,
Je deviens son esclave.
Elle a un corps,
Comme mon cœur.
Radhuna Said Avec ma bouche et mes yeux
Avec ma bouche je chante
Avec ma bouche je crie
Avec ma bouche je parle
Avec ma bouche je mange.

Avec mes yeux je regarde
Avec mes yeux je pleure
Mes larmes qui coulent et une belle
rose qui pousse.
Méliné et Mery Arzuman Ma mère
Larmes de ma mère
Qui tombent par terre
Et moi, moi je suis là
Et je ne peux rien faire

Oh que ferai-je
Pour t’aider
Aller ou rester
Pleurer ou prendre courage.
Ahmed Suhel
En TGV, j’ai traversé l’Allemagne, la Chine,
la Russie et l’Angleterre pour aller à Casablanca.
J’ai visité encore deux ou trois pays.
Et un peu plus tard, en sous-marin, j’ai traversé la forêt bambara.
Mery Arzuman
Je me souviens encore du Nouvel an en Ukraine, quand j’avais 3 ou 4 ans, je croyais encore au Père Noël, il m’a donné un gros chien, je l’ai beaucoup aimé et c’était agréable.

Je danse, je chante, je joue
Je suis contente
Je monte comme les notes du piano
Je chante comme la voix de l’oiseau
Je danse comme les feuilles des arbres
Je joue comme les petits enfants
Ahmed Suhel
La fleur passe tous les jours devant moi.
Elle est magnifique.
Elle est précieuse.
Chaque fois qu’elle me regarde
Elle me brise le cœur.
J’ai peur de ne jamais la revoir.
À chaque fois tu pleures
on dirait les étoiles qui tombent du ciel
C’est ma vie, c’est mon regard
et c’est ma meilleure amie.
Yassine Ouakkar
J’ai perdu ma maison
J’ai perdu ma famille
J’ai perdu mes amis
Je me suis perdu
Je suis triste, je suis collé
On dirait que la vie est terminée pour moi
Je suis tout seul dans la forêt
Ah non, il y a mon caillou avec moi,
il est toujours avec moi.

Mon souvenir, c’est que mon grand-père il a acheté une PSP; alors quand je regarde mon caillou, je pense à mon grand-père.

Souvenir est une merveilleuse chose
qui est donnée par des amis
ou des personnes proches.
Merci pour ce souvenir « zashtoto » (parce que) pour moi
c’est un don très important.

Mes amis sont très loin d’ici
Mes amis sont tristes et moi aussi
Mes amis sont au collège
Mes amis sont en Espagne

J’aimerais que mes amis soient là
J’aimerais parler avec mes amis
J’aimerais jouer avec eux
J’aimerais qu’ils soient près de moi
Anonyme Ma famille
Ma famille est sacrée pour moi
Ma famille me donne des conseils
Ma famille est une partie de moi
J’ai grandi avec ma famille
Je ne voudrais jamais quitter ma famille
Ma famille restera toujours dans mon cœur.
Souvenirs, souvenirs
L'auteur

Stéphane Servant

Auteur
Illustrateur-dessinateur, Scénariste BD

Pour faire plus ample connaissance avec l'auteur, cliquez sur ce lien

servant stephane

Quand tu viens du bout du chemin,
tu sais,
une nouvelle langue
c'est comme un animal sauvage
qui règne en maître sur la forêt
où tu as posé ton bagage.

Eux, ces enfants qui venaient d'arriver,
ils avaient franchi des montagnes, des mers, des déserts.
Ils étaient chargés de lourdes malles,
pleines de rêves, de cauchemars, d'amours, d'horizons et de poussières.
Ils avaient avec eux toute une foule d'animaux apprivoisés,
de drôles de bêtes aux couleurs bigarrées,
qui regardaient autour d'elles comment les arbres d'ici étaient faits.

L'animal de cette forêt,
dont on entendait au loin les cris,
ne leur était pas tout à fait étranger.
On leur avait raconté des histoires,
au fil de leur voyage.
Je ne sais exactement lesquelles.
Mais j'imagine que l'animal
devait leur paraître bien étrange :
à certains capricieux, retors,
à d'autres élégant, trop sérieux ou policier.
Mais je pense que tous étaient curieux
de voir comment il était fait.

Cet animal,
je m'y étais frotté, un peu.
J'avais grandi là, avec lui, au sein de cette forêt.
Cet animal,
j'en savais les tricheries, les colères, les rires, les douceurs et la liberté.
Je savais aussi la peur, parfois, qu'il peut inspirer.
C'est pourquoi j'avais accepté,
avec quelques autres,
d'accompagner ces enfants
au cœur de la forêt.

Un lundi, ensemble nous sommes partis.
Semant sur notre route, on ne sait jamais, de petits cailloux
qui nous permettraient de ne jamais oublier
d'où on venait.

Nous avons déserté les taillis raides et froids
du tableau noir, des formulaires et des papiers.
Nous nous sommes tenus loin
des marécages puants des caniveaux télévisés.
L'animal, nous l'avons trouvé là,
dans la clairière, alangui,
au pied des arbres dont les feuilles bruissaient
des mots de Prévert, de Queneau et d'autres poètes mal fagotés.

L'animal s'est ébroué.
Nous l'avons regardé,
nous l'avons écouté
bondir,
jouer,
rire et pleurer,
rugir et grogner,
au-dessus des phrases,
entre les lignes,
à demi-mots.

Puis
peu à peu
Nous nous sommes approchés.
Nous n'avons pas eu peur.
Nous avons tendu la langue et l'oreille.
L'animal a grogné, un peu,
faisant le difficile, se refusant pour la forme.
Alors, tous ensemble, nous avons sauté sur son dos
et c'était parti pour la cavalcade.
On s'est cramponné comme on pouvait.
Certains sont tombés, parce que les papiers les ont fauchés.
D'autres ne savaient où s'accrocher, des mains se sont tendues pour aider.
Tant bien que mal, ensemble, on a fait un bout de chemin
sur la route du rêve, de l'humour, de la peine,
de l'espoir et de la colère.
Et je crois qu'on a passé pas mal de temps du côté de l'amour et de l'amitié,
un fleuve que connaissent bien, je crois,
les enfants venus de là-bas,
puisqu'ils sont semblables
aux enfants d'ici.


Au soir, nous sommes rentrés, heureux, je crois, et épuisés.
Bien sûr, l'animal n'est pas encore apprivoisé.
Mais il est un peu moins sauvage, un peu moins étranger.
Ces enfants, ils ont le courage, la confiance, et la volonté,
ils y arriveront, je le sais.
Ce que je ne sais pas,
ce que je souhaite,
c'est que ces gamins-là
n'aient plus jamais peur.
Ni de cet animal
Ni des tableaux noirs
Ni des uniformes
Ni des papiers.
Peur.
De rien.

Puisse cette forêt
être un peu la leur.

L'établissement

Collège Emile Alain

1 rue Emile Alain

11000

Carcassonne

Chef d'établissement

Mme Bay